lecadavreexquis

mardi 18 octobre 2011

Celui dont on ne doit pas prononcer le nom

Hier soir je fus tellement désolée. Je partage un appartement avec une tunisienne d’âge malheureusement respectable, ce qui fait que je ne peux pas la contredire à cause de toute cette expérience qui s’oppose en définitive. Vieille morte à l’expérience pas rentable. Mais vieille qui s’oppose, en définitive, la qualité blette de la peau se pose définitivement en preuve patente de la qualité des expériences acquises. Et une expérience acquise est une expérience indispensable, à enseigner, sans doute, sans doutes, une parabole pour les vies d’âge à mûrir. Je mûris, ça me désole, j’ai une tunisienne parisienne qui prie cinq fois par jour, ça a son importance quand Dieu attend de nous quelque chose. Egoïste homme de pouvoir.

Donc alors bon. Ma tunisienne me demanda, un soir, si je croyais à ou en. Elle avait l’attente tolérante d'une certitude enthousiaste de chrétien, elle attendait le baptême et, bien que mouillée au front à l’âge premier, je lui servis la mécréante réponse du rien, à rien. Je ne compris pas sa réponse de femme outrée, je ne comprends pas l’arabe sous aucune forme, islamiste ou modérée. Elle voulut savoir pourquoi tant de perdition dans le néant de l’incroyance moderne, et je lui retournai la question d’un revers d’atteinte à la dignité. Pourquoi ma tunisienne croit-elle en Dieu ? Elle répondit parce qu’Il est là. Il crée tout. C’est Lui qui fait tout, qui fait qu’il y a un bébé, c’est pas nous, c’est Lui, le bébé, la petite graine qui n’était rien et qui devient bébé. C’est Lui qui fait que je parle. Me suis-je jamais posée la question du langage ? Sans doute non, mais elle, si. Et elle sait que c’est Dieu.

Donc alors bon. Quelque chose plutôt que rien, d’accord, l’expérience ne croît pas l’imagination, d’accord. Dieu un point c’est tout, Dieu, un point, c’est Tout. Voyez-vous comme je dus le voir tandis que je mâchonnais mes lèvres closes, l’Etat laïque empêche les gens de croire. Pour ma tunisienne, c’est mal, l’Etat laïque. Bien sûr, ma tunisienne parisienne n’est pas allée jusqu’à penser qu’un Etat Français pas laïque, c’est un Etat Chrétien Catholique, et je ne lui contai pas le désordre que ça ferait dans ses cheveux voilés. J’en fus désolée mais ne lui dit rien, car elle est gentille et d’un âge respectable. En outre, dans une maison où on lit le Coran, il y a des anges. Une petite troupe d’angelots culs nuls fait la ronde dans cet appartement et moi, je suis sauvée. Car ailleurs, malheur, selon ma vieille parisienne, les maisons sans lecture du Coran ni rien de religieux sont malsaines. Dieu voit tout. Gare à vos derrières d’athées, selon ma gentille modérée, vous ne savez pas ce qu’il vous attend.

J’en fus, j’en suis désolée. Car qu’est ce qu’il se cache de parfaitement extrême derrière une religion modérée. Affaire à suivre, j'en ai pour au moins six mois.

vendredi 29 avril 2011

Ce n'est rien qu'un peu de poussière



"J'ai un million de clics sur Youtube et je suis toujours à découvert !!" (qqun, à propos de la vie)

RIP le mal être existentiel de l'homme moderne inconsolable, broyé par la société capitaliste de production et de consommation, qui se lamente sur l'échec de l'affirmation de son Moi, sur l'inévitable et douloureuse fuite du bonheur vers un ailleurs, peut-être oriental, peut-être méditatif, peut-être christique, un ailleurs dissimulé sous la cape de la mort. Ci-gît le désarroi.
Ladys et Gentlemen, les années 2000 vous présentent... le 0% ! la légèreté ! le tout petit plaisir !
Voyez ? Plus de raison de faire une jaunisse depuis le haut débit et les réseaux sociaux responsables des révolutions (souvenez vous, en 1789, 1830, 1848, du rôle crucial de facebook et twitter dans les évènements qui changèrent le destin de notre pays !)
Observons : la tendance médiatique et artistique des années 90 était à la dissection des angoisses au Deroxat et des névroses au Lexomil, le suicide était un authentique concept-art.
Mais depuis le milieu des années 2000 des thèmes peu joyeux tels que le chômage, les mères célibataires, la cité d'en face, la presque déchéance financière, les carrément SDF et la maladie sont délicatement abordés dans le cinéma de telle sorte que le spectateur puisse sortir de la séance en se disant que le chômage, les mères célibataires... ce n'est pas si grave. Drôlerie et légèreté, affiche rose avec petits nuages blancs. Ces chômeurs si émouvants, si attachants !
Les individus semblent donc plus heureux, la faiblesse est devenue une force grâce à un mélange d'affirmation et de détachement. Le looser a sa forme de réussite : il lui suffit d'écrire "je suis un looser" sur son mur facebook pour que ses amis le gratifient d'un pouce en l'air "j'aime"... (notons que le vrai looser n'a pas de profil facebook...)

Je ne sais pas qui à réussi à nous vendre le vide en nous faisant croire, grâce au Net, que nous en étions seuls les auteurs et que le Moi n'était plus haïssable mais consommable, comment a t-on réussi à édulcorer le désarroi occidental afin de pouvoir le digérer facilement, comment les gens peuvent-ils croire que la légèreté qu'ils achètent (qui n'est pas l'humour) va les sauver et que le bonheur est un jardin bio, que ça ira mieux demain parce que j'arrête de pleurer bruyamment ?

Hommes de peu de joie ! Jamais de radicalité ni d'excès, dans le bonheur comme dans le malheur, les sentiments sont propres, lisses et sans odeurs, comme un écran brillant d'ordinateur, comme les corps, comme la pensée, légers, légers, mais d'une légèreté qui ne prend jamais de hauteur.

vendredi 8 avril 2011

A great weirdo

A Julien Doré.

Je devais me pencher sur le cas pathétique de Julien Doré. Wikipédiatiquement il s’agit d’un individu, jeune, ayant fait une école d’art parce qu'il en a rien à branler et qui s’est lancé dans la chanson sur M6. En se coiffant d’une barrette comme Katerine, en couinant sur les aigus comme Luchini et en jouant du ukulélé comme un million de personne se filmant sur youtube, il est devenu célèbre pour son originalité. Tout le monde ayant à peu près compris qu’il n’avait aucun talent musical, on a pris le parti de penser qu’il était un imposteur de génie.

Au moins deux choses. Comme beaucoup dans les années 2000, Julien a suivi une tendance qui consiste à vivre d’un domaine professionnel en général très critiqué soit pour sa dégénérescence, ce qui peut être le cas pour les arts, soit pour son fonctionnement capitaliste brutal, soit pour toute raison qui éloigne ledit domaine de la morale, de l’éthique, de l’esthétique et de la philosophie (en bref la majorité des activités salariées) avec une distance convenue qui mélange le cynisme, la lucidité forcément intelligente, l’humour et le je-m’en-foutisme du moment que j’ai le look qui va avec.

En résumé on mange la soupe, on crache dedans, et mange son crachat avec délectation parce que c'est le sien. Il se peut bien que Julien ne fasse que s’amuser. Puisque ça se vend. Mais je ne crois pas en la sincérité de ces gens. Soit on est un artiste soit on ne l’est pas. Si on profite d’un système en le critiquant pour prouver qu’on n’a pas laissé sa tête et son cœur de côté, c’est qu’on est un idiot ou un imposteur de l’imposture. On veut se faire croire qu’on est au dessus de tout or si on fait ce qu’on fait, c’est par désir, nécessité et plaisir. On veut faire croire qu’on se joue de tout mais un chanteur qui se moque du chant reste un chanteur, pourquoi ne pas l’accepter ? Pourquoi vouloir tout dépassionner et prétendre qu’on ne fait que s’amuser (en gagnant bien sa vie) ?

Où bien Julien se prend pour un artiste. Ce n’est pas pire, mais c plus inquiétant. Car Julien n’a jamais voulu devenir chanteur (car en vrai, lui, c la comédie qui l’attire…). Pourquoi a-t-on dû tordre et déchirer les arts, en plus du reste, de la morale, de l’éthique, de l’esthétique et de la philosophie ? Parce que visiblement il ne s’agit pas d’être musicien mais d’être un Individu. Le gagnant est le plus original, le plus bizarrement coiffé, celui qui va proposer quelque chose de déjanté, qui va mettre sa personnalité au devant en oubliant de s’effacer derrière l’art qu’il prétend pratiquer, ici la musique. Ne peut-on donc plus aimer quelque chose qui ne soit pas soi (les miroirs du soi que nous renvoient les artistes à personnalité) ?

Qu’est ce qui vaut, la musique ou la barrette de Julien ? Le son ou Julien se trémoussant sur une reprise guillerette version 14 juillet de Creep ?

dimanche 27 mars 2011

Never failing love for you




Venez donc dans mon fief, my british romance, au moins en hologramme, que je vous voie me donner l'illusion du sublime.

jeudi 24 mars 2011

Intervention volontaire de vieillesse

Les jeunes, faudrait les tuer avant qu'ils soient vieux.

Il y a deux sortes de vieux : ceux qui vous empêchent de vous aplatir l'arrière train dans le train et ceux qui refusent de mourir, ne serait-ce que socialement.
Les vieux ne sont plus vieux, ils sont d'anciens jeunes. Un ancien jeune est quelqu'un qui continue de courir en cycliste fluo mais moins vite (alors que vous autres jeunes, vous marchez). Car oui, les vieux dansent et chantent et vendent des albums de rock qui ne réjouissent qu'eux. Parce que non seulement ils ont merveilleusement profité de leur époque de plein emploi et d'effervescence intellectuelle, mais ils continuent de se dilater la ride à coup de plan retraite complémentaire pour se vautrer dans le plaisir jovial et bon enfant tandis que vous, les jeunes, vous n'aurez que dalle. Non, les vieux ne sont pas finis, nous dit-on, et ils "kiffent leur race" de vous le faire savoir quand vous, et bien vous, vous n'avez rien commencé ! Ah les mesquines petites bouches fripées qui chantent les Beatles pour vous rappeler ce bon vieux temps que vous ne connaîtrez jamais, vous qui ne pourrez même pas chanter Lady Gaga à l'heure d'une retraite que vous n'aurez pas.
Oui, ils ont été heureux. Et le bonheur, ça ne se partage pas.

Oh et puis fichtre ! Tous ces vieux qui vont au musée et font des visites guidées du patrimoine ! Après avoir passé une vie sans pensée ni profondeur dans un néant culturel banal, d'où leur vient-il l'idée qu'il faille passer son temps intelligemment, culturellement, légitimement ? Peuvent pas faire des puzzles non ?

mardi 28 décembre 2010

Interesting people sauce Monet

Au Grand Palais on peut se rendre compte par un effet de réalité ultra augmentée du problème des retraites en France. On peut aussi se rendre compte que la culture est une affaire de vieux mais pas que. Certaines familles d'obédience bourgeoise tentent de vieillir prématurément leurs enfants en bas âge en les amenant regarder des peintures de Claude Monet. Ce qui n'a rien pour heurter la sensibilité.
"mmmm, ça va faire du bien un peu de culture !" (Dixit un enfant) Miam.

On dit qu'il est possible d'être cultivé sans être intelligent mais on se trompe. Les visiteurs d'expo sont intelligents et ils y tiennent ! Ils y tiennent pendant trois heures sous la neige parce que y a pas de culture sans souffrance car l'intelligent souffre sa vie entière. Ils priviligient d'ailleurs l'intelligence collective au mépris de l'intelligence individuelle ce qui prouve qu'ils en savent long sur le sujet ! En effet ils s'encastrent les uns aux autres dans des files d'attentes négligeant consciemment le vide tout à côté, car ils savent qu'un trou noir est soumis à une force gravitationnelle qui les déchirerait tout sec !
Ils posent beaucoup de questions, prouvant ainsi le doute qui les assaille, marque première du philosophe ! Ainsi lorsqu'un visiteur demande "ça veut dire quoi complet", il exige une réponse quant à la différence entre les propriétés du vide en physique et celles du plein.
Malins comme tout, ils préfèrent tout de go savoir de quelles réductions ils pourraient bénéficier car ils le savent : trop bon trop con !
Ils s'inquiètent bien entendu de pouvoir se restaurer car un esprit sain dans un corps sain. Pipi caca avant tout car le cerveau est soumis au trou de balle et ça, les gens le savent bien.

Après cela, on aura eu une jolie sortie sympa, convaincu de son choix qui était déjà bien conseillé par la presse et dont on s'était fait une bonne opinion. Les enfants n'auront pas regardé la télé et ne deviendront donc pas des abrutis.
Oh, on n'en sortira pas plus cultivé, ni plus sensible, ni plus rêveur, on se sera contenté d'un excellent loisir culturel en compagnie de 6000 autres personnes à avoir eu la même idée du bon goût d'antan. Mais l'intelligence des visiteurs s'arrête bien avant de s'en rendre compte.

samedi 6 novembre 2010

oh, i'm not that kind of girl !

La liberté féminine consiste souvent, dans les grandes villes, en la possibilité de parler de sexe entre pin'co et de faire des réunions godemichets en buvant du thé au jasmin. Il parait que dans le domaine, les filles sont plus crues que les garçons qui se contentent négligement de préciser le degré de bonté de la dernière partenaire (elle était super bonne/bonasse).
Elles en rajoutent même en dédaignant coquettement la taille du pénis et en fichant une honte incurable à l'éjaculateur précoce et à l'impuissant à qui ça n'arrive pourtant jamais, jamais, jamais !
C'est donc ça une société libre et sans tabous ! oui ! c'est quand une fille bien peignée peut dire bite et sperme sans choquer (à la télé je veux dire...)
Libre et sans tabou !
Essayons donc d'introduire une conversation anodine sur les ragnagnas. Déjà on remarque que le mot "règle" ou "menstrue" (cela dit ce dernier évoque vraiment une affaire de bovin), ne sont pratiquement jamais utilisés. Parler de la couleur du sang menstruel au fil des jours, de la texture et mieux, de l'odeur de crevettier, provoque forcément du dégoût. On n'en parle pas, c''est trop dégueulasse ! Avoir ses règles chaque mois, c'est dégueulasse. Etre une fille, c'est dégueulasse.

Alors à moins d'être une artiste ou une fêlée, on se contentera de parler sperme, c'est plus propre.
Cela dit entre la machine à caca et la fossilisation des étrons, il y a un bon filon pour l'accrochage en galerie des serviettes usagées. A quand l'expo BNF...

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