mardi 8 mai 2012
"You know, i'm feeling so puzzled right now !"
samedi 14 avril 2012
L'origine virale de l'amorphisme
Gorge : mauvaise poignée de gravillons artificiels tassée au fond d’un tuyau abominablement visqueux. Aux pires moments, avaler son glaviot est comme racler un putain de joli jardin japonais avec un râteau à dent de scie. Ça laisse des traces traumatiques dans la mémoire. Un pur jus d’uranium délivré dans des sondes médicales initialement prévues pour des séances de torture cosmétique, suit le vrai chemin de la douleur en trois actes : larynx, oreille droite, oreille gauche. Sondes violemment insérées de manière à guider le jus contaminé jusqu’aux conduits auditifs. Douleur s’en suit, petit tube à pulsation du mal enfoncé jusqu’au tympan.
Tête. Crâne surmontant le visage en plein déclin, farci de marmelade atomique phosphorescente irradiant l’intégralité de la zone. Réactive au mouvement, la marmelade augmente sa température et contamine tout ou partie du cerveau. La surchauffe ralentit la circulation d’un sang pourri, empoisonné par des années lumières d’attitude proche de la nécrose d’angoisse. Douleur, douleur, s’ensuit, rythme syncopé de tabassage à coup de pilon.
Nez. Par là d’où sont libérées les sales sécrétions nucléaires en forme de liquide incolore. Petite eau stagnante croupissant au fond des canaux vaseux. A l’expulsion forcée suit une méchante irritation de la peau qui prévient l’assemblée de vos dégoûtant embarras d’origine viral. Douleur, douleur, douleur, s’en suit, petite rougeur asséchante piquetée de mortes bouloches épidermiques.
Ensemble. Dévastation sismique produisant un grognement éventuellement similaire au gémissement d’un martyr, à condition d’éprouver de la complaisance envers son pathétique état de faiblesse. Un sifflement du fond de gorge suivi d’un raclement effrayant et d’un effondrement brutal des énergies qui font la force de l’humanité et des civilisations.
Un envie que tout s’arrête en dépit du caractère bénin de la maladie, la non acceptation de l’inconfort, du ralentissement, des limites et des échecs.
Etre malade pousse très souvent à la bêtise.
samedi 3 mars 2012
Atelier de ratures
Exercice 1 : décrivez et écrivez sur un sujet d'environnement immédiat qui vous tient terriblement à coeur.
J’aime : mes boules quiès.
La boîte de boules quiès en cire naturelle, dites « protection auditive » est en vente dans toutes les pharmacies frauduleuses ou pas. Pour un prix de 3 euros 90, on peut se munir d’une petite boîte de 8 paires de bouchons, soit 16 bouchons. Chaque bouchon est d’une étrange couleur blanc rose qui n’existe pas dans la vraie vie, hors godemichet taillé dans une bougie parfumée. Pour ne pas altérer la qualité du bouchon, une douce couche de coton enrobe parfaitement la boulette : l’industrie est responsable des mauvaises conditions de rétributions des cultivateurs de coton africains. Il est déconseillé d’utiliser le bouchon encotonné. Il faut se débarrasser de la pellicule filandreuse avec dextérité, adresse, conviction, rigueur, anglais renforcé. Pincez fermement les fils de cotons et tirez selon le principe contraire. Ne pas craindre de recommencer autant de fois que faire se doit. Le bouchon ainsi mis à nu, vous devez le chauffer sans le brûler entre vos doigts, de manière à obtenir une mollesse engageante. Boudinez le bouchon et obtenez un aspect conique qui n’est pas sans un certain charme exotique. Approchez droitement le bouchon du conduit de votre oreille qui aura été soigneusement nettoyé. En effet le bouchon risque de libérer des substances pathogènes s’il est en contact avec de la cire organique corporelle. Ces substances sont responsables d’amnésie culturelle et de désordre de management. Introduisez le bouchon coniquement préparé de manière à éprouver une sensation terrifiante d’enfermement et de perte de repères. Un bourdonnement psychopathologique doit se faire entendre. Attention ! Il ne faut pas trop enfoncer le bouchon car cela risquerait d’entraîner des risques tels que toucher le tympan, ce qui fait hautement mal. Il est indispensable de répéter l’opération avec un second bouchon destiné à votre seconde oreille si vous en possédez.
En milieu urbain le bouchon sert à rester calme et à éviter des peines de prison pouvant aller plus loin que la durée de votre vie.
Ne vous séparez JAMAIS de votre boîte de boules quiès.
mardi 18 octobre 2011
Celui dont on ne doit pas prononcer le nom
Hier soir je fus tellement désolée. Je partage un appartement avec une tunisienne d’âge malheureusement respectable, ce qui fait que je ne peux pas la contredire à cause de toute cette expérience qui s’oppose en définitive. Vieille morte à l’expérience pas rentable. Mais vieille qui s’oppose, en définitive, la qualité blette de la peau se pose définitivement en preuve patente de la qualité des expériences acquises. Et une expérience acquise est une expérience indispensable, à enseigner, sans doute, sans doutes, une parabole pour les vies d’âge à mûrir. Je mûris, ça me désole, j’ai une tunisienne parisienne qui prie cinq fois par jour, ça a son importance quand Dieu attend de nous quelque chose. Egoïste homme de pouvoir.
Donc alors bon. Ma tunisienne me demanda, un soir, si je croyais à ou en. Elle avait l’attente tolérante d'une certitude enthousiaste de chrétien, elle attendait le baptême et, bien que mouillée au front à l’âge premier, je lui servis la mécréante réponse du rien, à rien. Je ne compris pas sa réponse de femme outrée, je ne comprends pas l’arabe sous aucune forme, islamiste ou modérée. Elle voulut savoir pourquoi tant de perdition dans le néant de l’incroyance moderne, et je lui retournai la question d’un revers d’atteinte à la dignité. Pourquoi ma tunisienne croit-elle en Dieu ? Elle répondit parce qu’Il est là. Il crée tout. C’est Lui qui fait tout, qui fait qu’il y a un bébé, c’est pas nous, c’est Lui, le bébé, la petite graine qui n’était rien et qui devient bébé. C’est Lui qui fait que je parle. Me suis-je jamais posée la question du langage ? Sans doute non, mais elle, si. Et elle sait que c’est Dieu.
Donc alors bon. Quelque chose plutôt que rien, d’accord, l’expérience ne croît pas l’imagination, d’accord. Dieu un point c’est tout, Dieu, un point, c’est Tout. Voyez-vous comme je dus le voir tandis que je mâchonnais mes lèvres closes, l’Etat laïque empêche les gens de croire. Pour ma tunisienne, c’est mal, l’Etat laïque. Bien sûr, ma tunisienne parisienne n’est pas allée jusqu’à penser qu’un Etat Français pas laïque, c’est un Etat Chrétien Catholique, et je ne lui contai pas le désordre que ça ferait dans ses cheveux voilés. J’en fus désolée mais ne lui dit rien, car elle est gentille et d’un âge respectable. En outre, dans une maison où on lit le Coran, il y a des anges. Une petite troupe d’angelots culs nuls fait la ronde dans cet appartement et moi, je suis sauvée. Car ailleurs, malheur, selon ma vieille parisienne, les maisons sans lecture du Coran ni rien de religieux sont malsaines. Dieu voit tout. Gare à vos derrières d’athées, selon ma gentille modérée, vous ne savez pas ce qu’il vous attend.
J’en fus, j’en suis désolée. Car qu’est ce qu’il se cache de parfaitement extrême derrière une religion modérée. Affaire à suivre, j'en ai pour au moins six mois.
vendredi 29 avril 2011
Ce n'est rien qu'un peu de poussière

"J'ai un million de clics sur Youtube et je suis toujours à découvert !!" (qqun, à propos de la vie)
RIP le mal être existentiel de l'homme moderne inconsolable, broyé par la société capitaliste de production et de consommation, qui se lamente sur l'échec de l'affirmation de son Moi, sur l'inévitable et douloureuse fuite du bonheur vers un ailleurs, peut-être oriental, peut-être méditatif, peut-être christique, un ailleurs dissimulé sous la cape de la mort. Ci-gît le désarroi.
Ladys et Gentlemen, les années 2000 vous présentent... le 0% ! la légèreté ! le tout petit plaisir !
Voyez ? Plus de raison de faire une jaunisse depuis le haut débit et les réseaux sociaux responsables des révolutions (souvenez vous, en 1789, 1830, 1848, du rôle crucial de facebook et twitter dans les évènements qui changèrent le destin de notre pays !)
Observons : la tendance médiatique et artistique des années 90 était à la dissection des angoisses au Deroxat et des névroses au Lexomil, le suicide était un authentique concept-art.
Mais depuis le milieu des années 2000 des thèmes peu joyeux tels que le chômage, les mères célibataires, la cité d'en face, la presque déchéance financière, les carrément SDF et la maladie sont délicatement abordés dans le cinéma de telle sorte que le spectateur puisse sortir de la séance en se disant que le chômage, les mères célibataires... ce n'est pas si grave. Drôlerie et légèreté, affiche rose avec petits nuages blancs. Ces chômeurs si émouvants, si attachants !
Les individus semblent donc plus heureux, la faiblesse est devenue une force grâce à un mélange d'affirmation et de détachement. Le looser a sa forme de réussite : il lui suffit d'écrire "je suis un looser" sur son mur facebook pour que ses amis le gratifient d'un pouce en l'air "j'aime"... (notons que le vrai looser n'a pas de profil facebook...)
Je ne sais pas qui à réussi à nous vendre le vide en nous faisant croire, grâce au Net, que nous en étions seuls les auteurs et que le Moi n'était plus haïssable mais consommable, comment a t-on réussi à édulcorer le désarroi occidental afin de pouvoir le digérer facilement, comment les gens peuvent-ils croire que la légèreté qu'ils achètent (qui n'est pas l'humour) va les sauver et que le bonheur est un jardin bio, que ça ira mieux demain parce que j'arrête de pleurer bruyamment ?
Hommes de peu de joie ! Jamais de radicalité ni d'excès, dans le bonheur comme dans le malheur, les sentiments sont propres, lisses et sans odeurs, comme un écran brillant d'ordinateur, comme les corps, comme la pensée, légers, légers, mais d'une légèreté qui ne prend jamais de hauteur.
vendredi 8 avril 2011
A great weirdo
Je devais me pencher sur le cas pathétique de Julien Doré. Wikipédiatiquement il s’agit d’un individu, jeune, ayant fait une école d’art parce qu'il en a rien à branler et qui s’est lancé dans la chanson sur M6. En se coiffant d’une barrette comme Katerine, en couinant sur les aigus comme Luchini et en jouant du ukulélé comme un million de personne se filmant sur youtube, il est devenu célèbre pour son originalité. Tout le monde ayant à peu près compris qu’il n’avait aucun talent musical, on a pris le parti de penser qu’il était un imposteur de génie.
Au moins deux choses. Comme beaucoup dans les années 2000, Julien a suivi une tendance qui consiste à vivre d’un domaine professionnel en général très critiqué soit pour sa dégénérescence, ce qui peut être le cas pour les arts, soit pour son fonctionnement capitaliste brutal, soit pour toute raison qui éloigne ledit domaine de la morale, de l’éthique, de l’esthétique et de la philosophie (en bref la majorité des activités salariées) avec une distance convenue qui mélange le cynisme, la lucidité forcément intelligente, l’humour et le je-m’en-foutisme du moment que j’ai le look qui va avec.
En résumé on mange la soupe, on crache dedans, et mange son crachat avec délectation parce que c'est le sien. Il se peut bien que Julien ne fasse que s’amuser. Puisque ça se vend. Mais je ne crois pas en la sincérité de ces gens. Soit on est un artiste soit on ne l’est pas. Si on profite d’un système en le critiquant pour prouver qu’on n’a pas laissé sa tête et son cœur de côté, c’est qu’on est un idiot ou un imposteur de l’imposture. On veut se faire croire qu’on est au dessus de tout or si on fait ce qu’on fait, c’est par désir, nécessité et plaisir. On veut faire croire qu’on se joue de tout mais un chanteur qui se moque du chant reste un chanteur, pourquoi ne pas l’accepter ? Pourquoi vouloir tout dépassionner et prétendre qu’on ne fait que s’amuser (en gagnant bien sa vie) ?
Où bien Julien se prend pour un artiste. Ce n’est pas pire, mais c plus inquiétant. Car Julien n’a jamais voulu devenir chanteur (car en vrai, lui, c la comédie qui l’attire…). Pourquoi a-t-on dû tordre et déchirer les arts, en plus du reste, de la morale, de l’éthique, de l’esthétique et de la philosophie ? Parce que visiblement il ne s’agit pas d’être musicien mais d’être un Individu. Le gagnant est le plus original, le plus bizarrement coiffé, celui qui va proposer quelque chose de déjanté, qui va mettre sa personnalité au devant en oubliant de s’effacer derrière l’art qu’il prétend pratiquer, ici la musique. Ne peut-on donc plus aimer quelque chose qui ne soit pas soi (les miroirs du soi que nous renvoient les artistes à personnalité) ?
Qu’est ce qui vaut, la musique ou la barrette de Julien ? Le son ou Julien se trémoussant sur une reprise guillerette version 14 juillet de Creep ?
dimanche 27 mars 2011
Never failing love for you
jeudi 24 mars 2011
Intervention volontaire de vieillesse
Il y a deux sortes de vieux : ceux qui vous empêchent de vous aplatir l'arrière train dans le train et ceux qui refusent de mourir, ne serait-ce que socialement.
Les vieux ne sont plus vieux, ils sont d'anciens jeunes. Un ancien jeune est quelqu'un qui continue de courir en cycliste fluo mais moins vite (alors que vous autres jeunes, vous marchez). Car oui, les vieux dansent et chantent et vendent des albums de rock qui ne réjouissent qu'eux. Parce que non seulement ils ont merveilleusement profité de leur époque de plein emploi et d'effervescence intellectuelle, mais ils continuent de se dilater la ride à coup de plan retraite complémentaire pour se vautrer dans le plaisir jovial et bon enfant tandis que vous, les jeunes, vous n'aurez que dalle. Non, les vieux ne sont pas finis, nous dit-on, et ils "kiffent leur race" de vous le faire savoir quand vous, et bien vous, vous n'avez rien commencé ! Ah les mesquines petites bouches fripées qui chantent les Beatles pour vous rappeler ce bon vieux temps que vous ne connaîtrez jamais, vous qui ne pourrez même pas chanter Lady Gaga à l'heure d'une retraite que vous n'aurez pas.
Oui, ils ont été heureux. Et le bonheur, ça ne se partage pas.
Oh et puis fichtre ! Tous ces vieux qui vont au musée et font des visites guidées du patrimoine ! Après avoir passé une vie sans pensée ni profondeur dans un néant culturel banal, d'où leur vient-il l'idée qu'il faille passer son temps intelligemment, culturellement, légitimement ? Peuvent pas faire des puzzles non ?
mardi 28 décembre 2010
Interesting people sauce Monet
"mmmm, ça va faire du bien un peu de culture !" (Dixit un enfant) Miam.
On dit qu'il est possible d'être cultivé sans être intelligent mais on se trompe. Les visiteurs d'expo sont intelligents et ils y tiennent ! Ils y tiennent pendant trois heures sous la neige parce que y a pas de culture sans souffrance car l'intelligent souffre sa vie entière. Ils priviligient d'ailleurs l'intelligence collective au mépris de l'intelligence individuelle ce qui prouve qu'ils en savent long sur le sujet ! En effet ils s'encastrent les uns aux autres dans des files d'attentes négligeant consciemment le vide tout à côté, car ils savent qu'un trou noir est soumis à une force gravitationnelle qui les déchirerait tout sec !
Ils posent beaucoup de questions, prouvant ainsi le doute qui les assaille, marque première du philosophe ! Ainsi lorsqu'un visiteur demande "ça veut dire quoi complet", il exige une réponse quant à la différence entre les propriétés du vide en physique et celles du plein.
Malins comme tout, ils préfèrent tout de go savoir de quelles réductions ils pourraient bénéficier car ils le savent : trop bon trop con !
Ils s'inquiètent bien entendu de pouvoir se restaurer car un esprit sain dans un corps sain. Pipi caca avant tout car le cerveau est soumis au trou de balle et ça, les gens le savent bien.
Après cela, on aura eu une jolie sortie sympa, convaincu de son choix qui était déjà bien conseillé par la presse et dont on s'était fait une bonne opinion. Les enfants n'auront pas regardé la télé et ne deviendront donc pas des abrutis.
Oh, on n'en sortira pas plus cultivé, ni plus sensible, ni plus rêveur, on se sera contenté d'un excellent loisir culturel en compagnie de 6000 autres personnes à avoir eu la même idée du bon goût d'antan. Mais l'intelligence des visiteurs s'arrête bien avant de s'en rendre compte.
samedi 6 novembre 2010
oh, i'm not that kind of girl !
Elles en rajoutent même en dédaignant coquettement la taille du pénis et en fichant une honte incurable à l'éjaculateur précoce et à l'impuissant à qui ça n'arrive pourtant jamais, jamais, jamais !
C'est donc ça une société libre et sans tabous ! oui ! c'est quand une fille bien peignée peut dire bite et sperme sans choquer (à la télé je veux dire...)
Libre et sans tabou !
Essayons donc d'introduire une conversation anodine sur les ragnagnas. Déjà on remarque que le mot "règle" ou "menstrue" (cela dit ce dernier évoque vraiment une affaire de bovin), ne sont pratiquement jamais utilisés. Parler de la couleur du sang menstruel au fil des jours, de la texture et mieux, de l'odeur de crevettier, provoque forcément du dégoût. On n'en parle pas, c''est trop dégueulasse ! Avoir ses règles chaque mois, c'est dégueulasse. Etre une fille, c'est dégueulasse.
Alors à moins d'être une artiste ou une fêlée, on se contentera de parler sperme, c'est plus propre.
Cela dit entre la machine à caca et la fossilisation des étrons, il y a un bon filon pour l'accrochage en galerie des serviettes usagées. A quand l'expo BNF...
dimanche 17 janvier 2010
le temps des bâtisseurs
S'il n'y avait eu que ces choix professionnels le monde serait plus simple pour les écoliers en devenir. Par quelle perversité se fait-il que le gros du travail soit représenté par le secteur des services, je n'en sais fichtre rien.
Le spectaculaire, le phénoménal, le quasi indescriptible travail de bureau. L'unique, celui rend fou la moitié des quadragénaires en pleine crise du temps pésent. Celui là même qu'on accuse de n'avoir aucun sens, aucune vertue, celui là même dont le sujet fait de bons films de comédie. Hihi.
La vérité, rien que la vérité : on ne fout rien au bureau. Même à 35 heures, on parvient à ne rien foutre. Bizarrerie occidentale, tous les salariés ont l'impression d'avoir un boulot monstrueux, en toute sincérité, et ils en perdent parfois le sommeil parce qu'ils savent qu'il ne réussiront pas à boucler le dossier à temps. Cela dit tous les salairés passent un quart de la journée à arpenter des couloirs à moquette bleue pour faire des photocopies et discuter à la croisée des chemins, un autre quart à parler au téléphone avec les collègues à propos du CE et du rendez vous déjeuné tous ensemble à 13 heures, un quart à fumer, un quart à passer dans les bureaux des autres pour prendre des nouvelles du petit dernier, un quart à tapoter son dossier lorsque le directeur est de passage, un quart sur Internet. Et c'est la fin de la journée. Un ensemble de tâches à effectuer qu'on n'effectue pas.
Et si je parlais de mon supérieur ? De celui qui passe l'après midi dans les couloirs et au téléphone et qui à 16 heures, soit deux heures avant la fermeture, s'en va complètement lessivé en disant qu'il est trop fatigué, qu'il jette l'éponge ? Celui qui n'a pas le temps de faire trois bricoles le matin quand je ne suis pas là et qui me laisse le tout ? Celui qui passe son temps à dire qu'il est débordé ?
Je ne l'aime pas celui là. Vraiment, je ne l'aime pas du tout.
mardi 10 novembre 2009
Ex ducere
A l’arrière train on devine les vestiges post coloniaux d’un mastaba de la terre sainte. On suppose qu’il avait été ramené à la fin des croisades par le Chevalier Reynaud du Bourguemestre, afin de légitimer les prétentions du royaume de France à devenir la fille aînée de l’Eglise. Malheureusement, lorsque Dieu mourut, le mastaba tomba en désuétude et personne aujourd’hui n’y prête plus guère attention.
D’un point de vue industriel, l’Hôtel de ville est une réussite. Grâce aux nanotechnologies, on a pu réaliser un bâtiment de développement durable unique en son genre. Il représente le pouvoir politique en place et un certain idéal démocratique à forte valeur ajoutée. On peut d’ailleurs lire des inscriptions cunéiformes sur l’architrave principale au dessus de la Grande Porte : elles signifient « c'est pour la France, merci d'avance», comme d’évidence.
samedi 31 octobre 2009
Comment l'esprit vient aux enfants
Un enfant : "Nous, on l'a pas perdu notre chaise !"
Merci d'être un enfant. C'est trop bon ça.
dimanche 25 octobre 2009
Le bon côté de la pauvreté
Survivre à Paris avec moins de 750 euros par mois.
Se loger. Un loyer parisien payé, c'est un peu de désir d'aventure enterré. On découvre vite que le ballon d'eau chaude est trop petit, qu'on ne peut pas cuisiner à deux, que l'air est si humide que les vêtements ne sèchent pas et sentent le moisi, que toutes les prises électriques ne fonctionnent pas. Mais vous avez un toit sur la tête, c'est le bon côté.
Se nourrir. C'est très simple. A force de manger des pâtes vous n'aurez plus faim. Pratique et pas cher.
Se vêtir. Ne rien acheter, aller chez emmaüs pour faire face à l'hiver mais ne pas être trop difficile quant à votre allure. Vous ne sortez pas d'un clip de pop adolescente fluo, ni d'une publicité pour HM, mais bien du XX arrondissement.
Se divertir. Passer ses après midi à la BPI : c'est gratuit et dans la queue du ticket Internet vous verrez pleins de gens à peu près comme vous sauf que eux n'ont pas de ballon d'eau chaude du tout.
Vos horizons. Lutter contre le pole.emploi qui tente par des moyens peu subtils de vous radier, l'air de rien. Lutter contre la CAF qui avoue avoir traité votre dossier il y a un mois mais on n'en saura pas plus. Lutter pour savoir ce que vous avez fichu pour vous retrouver dans ce merdier.
Mais c'est encore le bon côté de la pauvreté. C'est un peu fatiguant mais on en meurt pas.
mardi 29 septembre 2009
Ce pénible instinct de survie
Il est jeune, roux comme un écossais, il porte un anorak noir et un petit bonnet, un pantalon à peine trop court qui rejoint mal des chaussettes dégueulasses, et des bandages encore blanc, encore neufs, à ses poignets. Je lui donne 3 ou 4 mois. 28 ans et 3 ou 4 mois de naissance à la rue. Je me disais, quand je le voyais assis, qu’il devait être au chômage comme ceux de la médiathèque d’Evry, comme moi et eux qui se posaient dans des coins pour attendre la fermeture. Je me disais celui-là il n’a rien à faire de ses journées, il n’a peut-être plus rien. Il passe ses après midi à faire la queue pour le ticket Internet. Je ne m’étais pas rendue compte que le manteau qu’on ne quitte pas c’est un truc de clodo qui a toujours froid parce qu’il a toujours faim. Mais comme je faisais la queue pour le ticket, l’étudiant devant moi ne voulait pas bouger pour ne pas s’approcher de celui qui puait la mort. Je me disais pauvre con, respire par la bouche et ne fait pas ta chochotte. C’est ce que je faisais. Cette odeur de pourriture, je me demande si c’est la même que celle des morts. Ce jeune perdu dégoûtant avec ses poignets guéris devrait être mort mais il n’en porte que la sale odeur écœurante, une odeur de la vie tournée, moisie, blette, qui noue et serre les tripes fragiles de ceux qui craignent l’avenir. Je pensais qu’on était tous derrière la mort, qu’on attendait, qu’on piétinait et qu’on avançait derrière elle. Lui, le clodo qui s’est loupé n’a plus rien à craindre. Et que peut-il craindre quand il n’y a rien à attendre, quand des gens de bonne volonté lui ont cautérisé les plaies d’un suicide manqué et l’ont laissé à sa vie bloquée, déchue, ratée, anéantie ?
Je ne vois que ça à Paris, une foire des monstres à ciel ouvert. Je devrais parler de celui-ci qui, à quatre pattes, crachait par terre pour faire une composition salivaire sur l’asphalte, de la folle aux dents comme des pieux qui chantait dans une langue que même Dieu ne connaît pas, de celui qui demandait les filles en mariage dans le métro, et de tous les pauvres chaque jour, qui traversent la ville sans s’arrêter pour mourir parce que ce n’est jamais à eux de décider si ça vaut le coup. Et le clodo aux poignets guéris qui se grattent la tête en attendant de regarder la vie réussie sur Internet.
mardi 11 août 2009
In libro veritas
Passons en revue les livres mijotés au fond de vérité et qui donne à la vie le goût des choses vraies (et simples comme les knackis) :
- "Qu'est ce que le bonheur" et "L'art d'être heureux" certainement publié chez O. Jacob. Bien que présentant des similitudes dans la table des matières, ce sont bel et bien deux sujets différents mais très chargé en fond de vérité fadasse. Evidemment ils ne sont pas subversifs.
- "Apprenez à dire non", "Faites vous confiance", et "Réalisez vos désirs", même édition. Ces trois ouvrages auraient pu être condensés en un seul livre titré "La toute puissance" ou comment réaliser un massacre pour satisfaire votre énergie vitale malmenée par la société de compétition. Il y a bien là un fond de vérité.
- "Cuisinez pas cher". A piori es auteurs de ce genre de bouquin s'adressent à une catégorie qui n'a jamais eu à faire un régime pates-yaourt nature. Le meilleur moyen d'atteindre les 46 kilos mesdames : vous en rêviez, le chômage l'a fait. Le conseiller ANPE élu coach minceur de l'année. Mensonge donc ? Mais non car il reste le fond de vérité : utilise un verre d'eau en guise d'assiette pour y farcir des patates à l'huile d'olive ce n'est pas cher du tout...
Voici donc la liste non exhaustive mais représentative des best-sellers des grandes librairies. Ils sont inutiles, insipides, indolores mais ils se vendent parce qu'ils ont tous le fond de vérité.
C'est comme le fond de veau dans les pâtes du chômeur : ça donne indéniablement un bon goût mais enfin, ce ne sont toujours que des pâtes...
mercredi 17 juin 2009
think different, think like me
Pourquoi les gens vivent comme ils vivent et pourquoi font-ils ce qu'ils font, ce sont mes questions essentielles qui me poussent parfois à la lecture de journaux comme les inrocks ou pire, tecknikart. Dans le premier on nous montre comment il faut être, dans l'autre comment se moquer de ce que l'on est. Pour mieux expliquer c'est un peu comme voir sur un rayon d'une grande librairie deux livres qui parlent de la même chose sans le vouloir : "comment être heureux" et "arrêtons de vouloir être heureux à tout prix".
Dans les inrock on voit des gens figés dans une attitude très "je suis moi-même depuis l'avènement du 2.0". Les filles ont des franges dégradées et s'habillent de multiples couches de vêtements de supermarché avec en prime les vieux excarpins suspects trouvés dans le fond d'une friperie malodorante. Elle se tiennent un peu penchée, un pied rentré vers l'intérieur dans une attitude pute de poche anorexique cocaïnée qui se fait défoncer l'entre jambe le samedi soir sans que les parents ne se doutent de rien. C'est l'adolescence, ce n'est pas grave, suffit de vieillir et puis à 28 ans elle se mariera, aura enfin un CDI et fera des enfants, et on tous sera au courant gâce à facebook. Mais ce n'est pas l'important. L'important c'est que les journalistes aiment ça parce que c'est "irrévérencieux", "politiquement incorrect", "déjanté", "qui met le doigt sur les tendances destroys de la société". Et puis surtout cela montre que les jeunes ont quelque chose à dire.
Que peut-on montrer de plus ? Que peut-on faire d'autre que de faire puis de dénoncer ce que l'on fait ? Où peut-on aller à force de faire de nos défauts et de notre soi disant "vide intérieur" de la culture branchée ?
Etre soi-même c'est être tendance et être tendance c'est être mal habillé. En fait tout se résume à cela.
Il y en a des pareils à Châtelet. Des gens habillés pour dire tout ce qu'ils sont, qu'ils aiment la liberté d'expression et l'art contemporain. Tout va bien pour moi, je n'ose même pas porter un chapeau de peur qu'on me remarque. Je ne suis pas, mais je pense.
samedi 23 mai 2009
they fed us on little white lies
Les gens connaissent des débordements d'humeurs qu'on croit être les seuls à vivre dans le repli de nos angoisses. Les gens sont des missionnaires du développement personnel, des tueurs de temps morts, d'héroiques survivants puisque le courage, ici et maintenant, semble être de se lever tous les matins en marmonnant "vivement c'soir". Le temps passe en me trahissant parfois quand il va trop lentement, la télé me divertit en me trahissant souvent, et l'unique intérêt de la vie doit résider dans le fait de prendre proprement ces repas. Quand je désire ce pot de pâté je me dis que la vie est simple et bien faite. J'ai du mal à m'indigner et très franchement le sort du monde m'a complètement échappé. J'ai vieilli, je m'en sens un peu coupable. Drôle de petit moment où il faut retrouver ses véhémences post-adolesentes, quand on tente de se repleupler de ses excès, qu'on désire tout ou rien. Drôle de petit moment quand on ne sait si ce sont les dernieres décharges de rêves, les derniers coups de pression avant de trouver que les jeunes sont définitivement stupides et que les vraies valeurs de la vie ne sont que ça : "mange tes légumes et ferme ta gueule".
Je connais pas mal de gens qui ont trouvé leur place mais maintenant, qu'est ce qu'ils zon mal au cul.
jeudi 1 janvier 2009
les proses de l'ennui
Quelqu’un d’autre. Comme ceux qui boivent trop la nuit et qui ont conscience de leur ivresse revendiquée comme un savoir vivre. J’espérais rejouer les moments où il fallait parler, et que tout était presque accompli dans la recherche de l’autre. Quand on s’étonne de si bien comprendre, qu’on a l’impression que la vie calcule cela pour nous et que les résultats concordent enfin. Quand cela avait la pureté des espoirs et des accomplissements, l’innocence de l’attente pour ne rien brusquer et que le temps fasse accorder tous nos rythmes discrets, nos pulsations quotidiennes, ce qui n’appartient qu’à nous et qui trouve parfois l’écho attendu. C’est ce que j’ai appelé amour et nous avons des amours différents.
Don’t make me fall.
Elle le regarde en coin, le coin du monde où elle se trouve est balayé de son regard. Il finira par se lever, il rabat le coin de sa veste. Un coin, c’est là que s’assoient les gens qui savent quoi faire sans savoir quoi faire. On s’assoit dans un coin ? ils demandent. Ok ! ils répondent. La beauté du coin tient souvent au fait que ce soit le même coin. Et la plupart des gens se retrouvent dans ce genre de coin. Le coin le plus joli. Sinon il y a les coins où personne ne va : il faut dire les coins à vieux, les coins qui donnent envie de partir. Mais là, en réalité, ce n’était pas vraiment un coin. C’était le pont. Le pont est un genre de coin si on veut, mais assez exclusivement réservé à une imagerie cinématographique. Et ce pont là, c’était le bon : le pont des arts, le pont des étudiants. Et lui il avait un appareil photo. Sur le pont des arts. Il avait même poussé son rôle jusqu’à enfiler deux chaussettes de couleur différente, une bleue et une verte. L’originalité, le non conformisme peut-être, la revendication d’une personnalité distraite qui ne fait pas bien les choses. Mais enfin, ce n’étaient que des chaussettes ! C’est ce qu’elle se disait avec son regard. Alors il s’est levé, il a mis sa veste, pris son appareil et sa besace et il n’est pas allée vers la rue Bonaparte. Il est allé à l’envers de tout, a tourné vers Châtelet et elle n’a pas eu envie de le suivre.
dimanche 9 novembre 2008
Le fantôme de la pépinière
Comme je suis une fille et que donc je présente peu d'intérêt, que je ne suis pas au sommet de l'interprétation, je me délocalise une nouvelle fois et je tricote. Je tricote la comédie.
Je vous porte. Tous, je vous porte avec ce que vous montrer chaque jour. Votre musique, votre voix, votre regard, vos mains agitées, vos inflexions, vos inspirations, ce que l’on vous appris et que vous faites si bien. Vos réaccentuations, je les entends, je les absorbe. Tout y passe. Je me fais éponge. Je n’ai rien à donner d’autre que vous-mêmes. Je vous observe, je vous écoute, tout ce que vous dites se rappelle à moi. Vous êtes fichés quelque part en moi, je suis l’espionne que vous ne soupçonnez pas.
Vous ne dites aucune virgule ni de point, les derniers mots sont les premiers. C’est le rythme appris, vous êtes si doués. Parfois les bouches se pincent après un mot : effet de timidité, de manque d’assurance ? Les mains, les bras, se croisent et s’abandonnent tout au long de la prestation, se croisent et s’abandonnent pour livrer le poids du sentiment. Vous me le livrer si bien que je ne vois plus que cela. Peu importe ce que vous dites, je ne vois plus que vos mains qui se croisent puis s’abandonnent.
Vous balancez votre corps sur des jambes qui cherchent à danser vos inflexions si bien comprises et si bien appliquées. Vous souriez les yeux mouillés. Vous êtes en extase de tant de beauté et de douleur dans ce poème que vous donnez. Il faut nous le faire comprendre. Vous êtes le sentiment, vous êtes la musique.
Votre voix n’ose pas toujours aller au bout. Pas si fort ! Vous retenez. Vous vous tenez un peu en déséquilibre.
Il y a tout, il y les yeux qui regardent un coin, il y a les grimaces qui prouvent que vous pensez votre texte, il y a les bizarreries de votre récitations.
Je vous porte tous. Les amuseurs, les menteurs, les bouffons. Les comédiens.

